August/Août 2004, vol.3 n.6
Élections USA:
L'automne de tous les espoirs

Borislav Nicolov

À la veille de la convention républicaine à New York, censée lancer la campagne de G.W. Bush, président-candidat, la situation s'apparente à celle des années 1968, lorsque les yeux du monde entier étaient braqués sur New York. C'était, faut-il le rappeler, le début de la fin de l'ère Nixon et du retrait des USA de Vietnam. C'était aussi l'époque où le New York Times et le Washington Post ont fait tomber un président et brandi haut l'étendard du journalisme d'enquête, garant de la liberté de la presse.

En cette fin d'été 2004, ces deux plus grands quotidiens américains se sont dits navrés de s'être laissés manipuler par l'administration Bush dans le dossier irakien. En cette fin d'été 2004 et à la veille de la convention de G.W. Bush à New York, des agents du FBI, forts du Patriot Act, ont rendu visite à 50 (cinquante) fauteurs de trouble, c'est-à-dire les organisateurs des manifestations anti-Bush qui rassembleront plus d'un quart de million de personnes à New York dans la semaine à venir.

Je trouve cela fascinant. Peu nombreux sont ceux, parmi nous, qui, forts d'un passé dit totalitaire, ont des doutes quant à la possibilité d'un système politique d'influencer les gens. Et, nous tous, je crois, sommes arrivés sur ce continent surtout pour pouvoir respirer profondément et sans rendre des comptes à personne de cette profonde respiration. Mais est-ce toujours possible? À la lumière de la manipulation des plus grands quotidiens américains et des visites FBI dans le meilleur style KGB des années Staline, des niveaux d'alerte injustifiés dans les grandes villes, on se pose la question: les Américains sauront-ils dire Non au renforcement démesuré du contrôle qu'exerce une clique de gens de l'ombre sur les libertés fondamentales garanties par la constitution américaine?

Il est à parier que le New York démocrate ne réservera pas un accueil très chaleureux au président sortant; il est à parier aussi que le niveau d'alerte grimpera encore, et aux moments choisis par Karl Rove, l'homme censé faire réélire W. Bush. Et, lorsque le niveau d'alerte l'exige, les manifestants, même s'ils sont pacifiques, doivent se retirer.

Je n'irai pas jusqu'à prétendre que ce grand show que sont les présidentielles aux USA sera totalement dominé par les tentatives de l'administration actuelle d'effrayer l'électorat et l'unir à nouveau derrière Bush, et ce pour une très simple raison: aux yeux de la moitié des américains, cette administration est compromise. Sans sombrer dans quelque théorie du complot que ce soit, il convient de se poser la question quel est le rapport entre les Tours effondrées en 2001 et le prix du brut à la NYSE en 2004? Il serait en effet difficile de voir autre chose dans ce gambit au Moyen-Orient dont les tenants et les aboutissants relèvent de considérations stratégiques à très long terme, qu'un immédiat retour sur l'investissement pour les grandes pétrolières qui ont su bien se positionner autour de la famille Bush depuis 1991.

Tout cela, ce sont des choses visibles à l'œil nu et il n'y a pas grande surprise à constater que les USA devenus première puissance mondiale, un mode de contrôle du lectorat s'installe. Personnellement, je suis convaincu que Bush sera réélu, car je ne crois pas que l'autre moitié des américains, celle qui vit dans les unifamiliales hors des grandes villes, soit consciente de quoi que ce soit en dehors de son quotidien immédiat. Ce qui m'intrigue bien plus, c'est le cheminement de la famille Bush à l'échéance de l'an 2008, lorsque ce président sera obligé de s'en aller par nul autre que la Constitution des USA. Plusieurs scénarios seraient alors envisageables. Il est trop tôt pour en parler.

Mais en quoi, bon Dieu, ces énormes et si préoccupants problèmes concernent notre petite communauté bulgare montréalaise, qui grossit – dans tous les sens du terme - dans le cocon douillet de l'environnement canadien/québécois? N'avons-nous rien de mieux à nous mettre sous la dent, comme par exemple construction d'églises, écoles, bibliothèques, partys, gratuits ou payants? Ne pourrions-nous pas, en toute simplicité, continuer à vaquer aux multiples vocations folkloriques que sont ceux d'une communauté pauvre, pas très en vue, mais si brillante et admirable? Faire valoir ad nauseam les talents bulgares autour de nous et dont le monde ne veut? Pourquoi tenter de réfléchir à des choses sur lesquelles nous n'avons aucune emprise?

Je crois que non, nous ne pouvons pas, justement, continuer à faire comme si de rien n'était. En 1989 le monde semblait grand: aujourd'hui, quinze ans plus tard, soit il faut aimer ce qui ce passe, soit partir vers la Lune, car le monde est vraiment devenu petit. Et plus nous nous complairons dans un certain conformisme auquel notre passé dit totalitaire nous aurait bien préparés, plus nous jouerons le jeu de gens qui peuvent faire ce qu'ils veulent de nous. Nous, par contre, ne pouvons rien faire de ces gens.

D'où la nécessité d'essayer au moins de comprendre. L'on dit qu'un homme averti en vaut deux. Je ne sais pas si c'est vrai. Je ne me sens pas averti des grands mouvements qui nous enlacent. Je ne comprends plus très bien les logiques de ces mêmes mouvements, mais une chose est quant à moi indéniable; les ignorer revient à remettre totalement mon sort entre des mains inconnues mais certainement pas divines.

Être en désaccord avec la manipulation et la contraction de mes libertés fondamentales, est, en 2004, la seule chose qui fait de moi un individu distinct. Le dire tout haut me permet de croire que j'ai sinon la liberté d'agir, du moins celle de ne pas adorer celui demain voudra être geôlier planétaire.

Ceci dit, bon retour de vacances. Le party gratuit est prévu pour le 11 septembre, et une minute de silence pour ceux qui ont péri le 11 septembre 2001 serait la moindre des choses. Au plaisir de vous revoir tous!

 
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